Voici comment le Québec compte rattraper l’Ontario économiquement

Écrit par sur 4 mars 2020

L’encadré était discrètement positionné au détour de l’une des 214 pages de la dernière Mise à jour économique et financière du gouvernement Legault. En quelques lignes, le ministre des Finances Eric Girard y résumait sa stratégie pour que le Québec comble l’écart de richesse qui le sépare de l’Ontario.

Depuis son retour en politique en 2011, François Legault n’a cessé de répéter que le Québec était plus pauvre que son principal partenaire économique au sein de la fédération. Le Québec marche, alors que nos voisins courent, répétait-il souvent lorsqu’il était dans l’opposition.

De fait, en 2018, le produit intérieur brut (PIB) par habitant s’élevait à 46 807 $ au Québec, comparativement à 54 392 $ en Ontario, soit un écart de 16,2 %. La tendance n’est pas nouvelle : au cours des dix années précédentes, cet écart de richesse a oscillé bon an mal an entre 13,7 % et 17,2 %, toujours en faveur de l’Ontario, selon les données du ministère des Finances.

% de la population canadienne, mais seulement 20% de son économie”,”text”:”Le Québec, c’est 23% de la population canadienne, mais seulement 20% de son économie”}}” lang=”fr”>Le Québec, c’est 23 % de la population canadienne, mais seulement 20 % de son économie, dit d’entrée de jeu le ministre des Finances, Eric Girard, rencontré à son bureau à quelques jours de la présentation de son deuxième budget. et 20% avec l’Ontario, qui est une province qui a une structure économique comparable au Québec.”,”text”:”Peu importe les chiffres que l’on regarde, le PIB par habitant, la productivité, le salaire horaire moyen, le revenu disponible, on a toujours cet écart entre 15et 20% avec l’Ontario, qui est une province qui a une structure économique comparable au Québec.”}}” lang=”fr”>Peu importe les chiffres que l’on regarde, le PIB par habitant, la productivité, le salaire horaire moyen, le revenu disponible, on a toujours cet écart entre 15 et 20 % avec l’Ontario, qui est une province qui a une structure économique comparable au Québec.

À l’instar de son collègue et ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le ministre Girard a reçu des directives claires du premier ministre dès son assermentation. Son équipe et lui ont consacré les premiers mois de leur mandat à bien calculer l’écart séparant les deux provinces pour être en mesure de présenter un plan clair à François Legault.

Derrière l’encadré publié dans la dernière Mise à jour économique et financière se cachait en effet un document plus volumineux que le ministre a présenté à son patron, l’automne dernier. : qu’est-ce que nous devons faire pour fermer l’écart et combien de temps ça va prendre?”,”text”:”La première chose que j’ai faite pour le premier ministre, j’ai quantifié ça. […] Et on a dit: qu’est-ce que nous devons faire pour fermer l’écart et combien de temps ça va prendre?”}}” lang=”fr”>La première chose que j’ai faite pour le premier ministre, j’ai quantifié ça. […] Et on a dit : qu’est-ce que nous devons faire pour fermer l’écart et combien de temps ça va prendre?

Résultat : ans pour fermer l’écart de richesse qui s’est ouvert de façon structurelle depuis très longtemps, probablement depuis les années1960.”,”text”:”Nous allons devoir surperformer l’économie de l’Ontario par un demi-point de pourcentage pendant 25ans pour fermer l’écart de richesse qui s’est ouvert de façon structurelle depuis très longtemps, probablement depuis les années1960.”}}” lang=”fr”>Nous allons devoir surperformer l’économie de l’Ontario par un demi-point de pourcentage pendant 25 ans pour fermer l’écart de richesse qui s’est ouvert de façon structurelle depuis très longtemps, probablement depuis les années 1960.

Trois facteurs de croissance

Pour bien comprendre le plan d’Eric Girard, il faut décortiquer ce qui contribue à la croissance économique. Les trois facteurs principaux sont: le bassin de travailleurs potentiels, le taux d’emploi et la productivité.

DÉFINITIONS

Le bassin de travailleurs potentiels est la population âgée de 15 à 64 ans.

Le taux d’emploi est le nombre total de travailleurs en proportion de la population âgée de 15 à 64 ans.

La productivité est le produit intérieur brut réel par emploi.

Source : ministère des Finances du Québec

De 2009 à 2018, l’économie québécoise a crû en moyenne de 1,4 % par année.

La croissance du bassin de travailleurs compte pour 0,2 point de cette croissance, la hausse du taux d’emploi, pour 0,7 point et l’augmentation de la productivité, pour 0,5 point.

En somme, si l’économie du Québec a crû ces dernières années, c’est en bonne partie parce que plus de gens se sont mis au travail. À 78,6 %, le taux d’emploi chez les 15-59 ans est maintenant plus élevé au Québec que dans le reste du pays.

Au niveau de l’emploi, le Québec a très bien fait, notamment en raison du taux de participation des femmes, explique le ministre. Il cite le réseau de garderies subventionnées, qui a permis l’intégration de nombreux parents au marché du travail.

La croissance par la productivité, la productivité par l’éducation

Eric Girard prévoit toutefois que la croissance des prochaines années reposera principalement sur un autre facteur : l’augmentation de la productivité. En fait, selon les projections de son ministère, plus de la moitié de la croissance attendue d’ici 2043 en sera le résultat.

Il faut dire que le Québec accuse un sérieux retard à ce chapitre. Pour atteindre cet objectif, des investissements en éducation seront nécessaires.

Le premier déterminant de la productivité, c’est l’éducation. On veut avoir une main-d’œuvre plus scolarisée. Ceux qui possèdent un diplôme secondaire sont en moyenne plus productifs que ceux qui n’en ont pas. Même chose pour ceux qui ont un diplôme universitaire et ceux qui ont des diplômes avancés.

Les investissements dans les infrastructures publiques contribueront aussi à rehausser la productivité, mais ce sont surtout les entreprises qui devront faire leur part. Le ministre s’attend à ce qu’elles investissent massivement dans l’automatisation et la numérisation.

: c’est en raison du secteur de l’énergie dans l’Ouest canadien”,”text”:”Longtemps on s’est servi d’excuses d’avoir moins d’investissements privés que la moyenne canadienne parce qu’on se disait: c’est en raison du secteur de l’énergie dans l’Ouest canadien”}}” lang=”fr”>Longtemps on s’est servi d’excuses d’avoir moins d’investissements privés que la moyenne canadienne parce qu’on se disait : c’est en raison du secteur de l’énergie dans l’Ouest canadien, déplore Eric Girard. $, en fait il est inférieur à 50$ sur le marché américain, et donc cette justification-là pour expliquer notre retard ne tient plus.”,”text”:”Le contexte a changé, le prix du pétrole n’est plus à 100$, en fait il est inférieur à 50$ sur le marché américain, et donc cette justification-là pour expliquer notre retard ne tient plus.”}}” lang=”fr”>Le contexte a changé, le prix du pétrole n’est plus à 100 $, en fait il est inférieur à 50 $ sur le marché américain, et donc cette justification-là pour expliquer notre retard ne tient plus.

Le ministre insiste sur les attraits économiques du Québec : la grappe en intelligence artificielle, l’hydroélectricité, le bas prix relatif de l’immobilier.

Il rappelle que le mandat d’Investissement Québec a été revu afin de mieux épauler les entreprises, et que son gouvernement a introduit, dès son arrivée au pouvoir, l’amortissement accéléré pour les investissements privés. Cette mesure permet aux entreprises qui acquièrent de nouveaux équipements de réduire leur fardeau fiscal. D’autres dispositions semblables pourraient être annoncées dans le prochain budget.

La nécessité de retenir les Anglo-Québécois

Outre la hausse de la productivité, le ministre des Finances compte sur une meilleure rétention de ceux qui habitent déjà au Québec pour assurer la croissance du produit intérieur brut.

On parle beaucoup d’immigration internationale […], mais le Québec a eu un solde migratoire interprovincial négatif depuis de nombreuses années, et certainement durant les 10 dernières années – la moyenne, c’est moins 10 000. On a perdu 10 000 personnes par année vers les autres provinces. Et si on renverse ça, déjà c’est un gain de croissance, ça va aider.

Il donne en exemple les nombreux cas d’Anglo-Québécois qui ont quitté le Québec pour des cieux économiquement plus favorables et qu’il aimerait dorénavant retenir ici. Beaucoup ont quitté non pas parce qu’ils n’aimaient pas Montréal, ils adorent Montréal, c’est parce que les opportunités économiques étaient meilleures à San Francisco, Toronto, Vancouver.

Au chapitre du taux d’emploi, Eric Girard mise sur une participation plus grande des travailleurs expérimentés au marché du travail. En 2018, 20,8 % des personnes âgées de 60 ans et plus occupaient un emploi. Cette proportion a connu une hausse importante depuis le début des années 2000, mais on est encore loin de l’Ontario, où plus du quart des citoyens de cette tranche d’âge demeurent actifs.

Une compilation effectuée récemment par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale avait d’ailleurs établi que la pénurie de main-d’œuvre à laquelle le Québec fait face se résorberait en bonne partie si les aînés québécois étaient aussi nombreux à travailler que leurs vis-à-vis ontariens.

La progression de l’Ontario ralentira

Même si le plan du ministre se concrétise, l’économie ontarienne continuera elle aussi de croître, notamment parce que sa population est plus jeune et que la province accueille, toutes proportions gardées, plus d’immigrants que le Québec. Les projections du ministère laissent toutefois croire que le rythme de croissance y sera plus faible, ce qui permettra au Québec de combler son retard.

Eux vont probablement faire plus de croissance générée par la croissance de l’emploi. Ce qui est précisément ce que le Québec a fait dans les 10 dernières années par rapport à l’Ontario [alors que l’Ontario investissait] dans la productivité. Là, c’est à notre tour, parce qu’on est au plein emploi, on a ce phénomène de rareté de main-d’œuvre qui incite les entreprises à investir, à faire des dépenses en capital pour augmenter la productivité des travailleurs.

Le ministre ne s’inquiète pas outre mesure des effets qu’une récession éventuelle pourrait avoir sur son plan ni des conséquences du coronavirus. Sa démarche s’inscrit dans une vision à beaucoup plus long terme et s’échelonnera jusqu’en 2043.

Pour le structurel, ça ne change rien. On doit être plus productifs pour que le poids économique du Québec corresponde à son poids démographique dans le Canada.

Vraiment, c’est le moment pour le Québec de croître, de performer, il n’y a plus d’excuse, conclut le ministre.


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