La course péquiste dans un Québec nouveau

Écrit par sur 1 juin 2020

La course à la direction du Parti québécois (PQ) va reprendre vendredi après trois mois sur pause. Ce sera sans doute avec les mêmes candidats, mais dans un Québec qui aura beaucoup changé et qui risque de ne plus être très intéressé par les débats que soulevaient les candidats avant l’épidémie de COVID-19.

Il y a trois mois, on parlait de référendum plus ou moins rapide, de niveaux d’immigration, d’identité et de défense de la loi 21.

Aujourd’hui, les préoccupations du Québec sont le déconfinement, la crainte d’une deuxième vague et, surtout, la récession dans laquelle nous sommes déjà plongés et qui va plomber l’économie québécoise pour quelques années, au moins, jusqu’aux élections d’octobre 2022.

On dira ce que l’on voudra, mais l’épidémie n’aura certainement pas relancé la ferveur souverainiste. En fait, le Québec a mal traversé la crise avec plus de 60 % des morts alors qu’il compte seulement 23 % de la population canadienne. Et ce serait encore pire sans le SOS lancé à l’armée canadienne. Pas exactement ce qui va raviver la flamme souverainiste…

Au plan partisan, on notera que les partis d’opposition n’ont pas été capables d’ébrécher la popularité du gouvernement Legault. Et, surtout, pour le Parti québécois, cela n’a pas freiné l’exode de ses partisans vers la Coalition avenir Québec (CAQ).

En fait, il y a encore plus grave : de plus en plus de gens qui ont travaillé dans les cabinets ministériels ou les services de recherche du PQ se sont installés sans heurts dans des fonctions similaires à la CAQ. Ce sont tous des gens qui auraient été essentiels au PQ pour préparer et diriger la prochaine campagne électorale.

Au-delà des questions strictement partisanes, il y a le discours. Qu’est ce que le PQ pourra offrir dans deux ans, quand le taux de chômage sera encore élevé et que des centaines, sinon des milliers d’entreprises auront dû cesser leurs activités, temporairement ou pas?

La prochaine élection se jouera donc sur le terrain de l’économie. Et on peut dire tout ce que l’on voudra sur le gouvernement de la CAQ, il reste que sa force est surtout celle de son équipe de ministres économiques qui en mènent large et qui donnent une impression de calme et de compétence devant la crise. On verra si c’est encore vrai dans deux ans, mais il est déjà évident qu’ils seront les principaux atouts de la campagne caquiste.

Avoir un débat sur la date du référendum ou sur l’identité, dans les circonstances, serait proprement dangereux pour un parti qui doit prouver sa pertinence. Mais s’engager dans un débat sur l’économie risque d’être difficile pour un parti qui n’a plus de figure de proue dans ce domaine, comme Jacques Parizeau ou Bernard Landry ont pu l’être autrefois.

Il ne faut pas s’attendre que cela change à court terme. Même si, théoriquement, de nouveaux candidats pourraient entrer dans la course, il est difficile de voir comment ils pourraient — d’ici le 26 juin — recueillir les 2000 signatures de membres en règle du Parti, provenant de 50 associations de comté et de neuf régions administratives.

Même l’humoriste Guy Nantel, candidat déclaré et jouissant d’un très haut taux de notoriété, a admis qu’il était très en retard dans le nombre de signatures et que le financement est encore laborieux. Les candidats devront déposer 25 000 $ pour être dans la course.

Bref, il ne faut pas s’attendre à ce que de nouveaux candidats viennent rejoindre la liste des six déjà déclarés. Et il n’est pas certain qu’à cause de ces enjeux, tous les six soient encore à la ligne de départ à la fin juin.

Actuellement, tout cela donne un avantage important au seul député de cette course, Sylvain Gaudreault. Il est le seul à posséder une expérience de gestion des affaires publiques, le temps, assez court il est vrai, de l’année et demie du gouvernement Marois. Mais avec quand même une gestion saluée de deux ministères que l’on dit difficile, soit les Transports et les Affaires municipales.

Mais, comme rien n’est jamais simple au PQ, les militants voudront-ils d’un gestionnaire « provincial » reconnu comme compétent mais pas particulièrement charismatique ou préféreront-ils un nouveau baroud d’honneur sur la souveraineté?

Pour un parti qui a longtemps vécu dans la recherche d’un sauveur, ce choix pourrait déterminer sa survie comme force politique, dans une élection où il pourrait avoir bien du mal à attirer l’attention.


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