Il n’est « pas prudent » d’anticiper l’immunité collective, dit Trudeau

Écrit par sur 27 avril 2020

Il ne serait « pas prudent » de baser des décisions sur le déconfinement à venir en s’appuyant sur le principe de l’immunité collective, a indiqué lundi Justin Trudeau.

Le premier ministre canadien se range ainsi dans le camp de l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, qui avait tenu des propos similaires samedi.

La semaine dernière, le premier ministre du Québec, François Legault, avait pour sa part évoqué le concept d’immunité collective pour justifier un prochain retour en classe.

L’immunité collective survient lorsqu’une partie de la population est immunisée contre un virus, soit parce qu’elle s’est fait vacciner, soit parce qu’elle a contracté la maladie et développé des anticorps pour y faire face.

Le premier ministre ne répondait pas directement à M. Legault en faisant ce commentaire lors de sa conférence de presse quotidienne lundi matin.

On lui demandait plutôt s’il était favorable à l’idée d’une sorte de passeport santé, qui permettrait de savoir si quelqu’un a déjà contracté la maladie.

Il est prématuré d’envisager une telle chose, a-t-il répondu, puisqu’on ne sait pas encore si quelqu’un qui a eu la COVID-19 est protégé de la rattraper quelques mois plus tard; la science n’est pas [concluante] là-dessus, a-t-il dit.

Alors, ce ne serait pas prudent de baser nos réflexions sur cette idée d’immunité, quand on ne sait pas que c’est une réalité encore.

Prenant la parole une heure après M. Trudeau, François Legault a d’ailleurs fait volte-face en dévoilant son plan de réouverture des écoles de la province.

Il a donné cinq raisons pour justifier cette réouverture graduelle, mais la nécessité de développer une immunité collective n’en faisait pas partie.

L’immunité collective, il y a des experts qui pensent que d’avoir la COVID-19 et d’en être guéri, ça pourrait immuniser. C’est ce qu’on souhaite, a-t-il déclaré.

Par contre, ce n’est pas prouvé. Donc, on ne doit pas prendre cette décision sur cette base-là. Mais ce sera un bénéfice secondaire si jamais ça peut être le cas.

Le premier ministre du Québec, François Legault, en conférence de presse, lundi, à Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des plans qu’Ottawa n’a pas à approuver

Justin Trudeau avait tout de même dit sans détour quelques minutes plus tôt qu’il ne revient pas au gouvernement fédéral d’approuver les plans de déconfinement des provinces.

Ce n’est pas au gouvernement fédéral d’approuver des mesures qui sont dans les compétences des provinces, a-t-il déclaré.

Nous sommes une fédération, et nous respectons l’autorité des provinces de prendre les décisions appropriées pour leurs citoyens. D’une industrie à l’autre, d’une région à l’autre autre, les mesures vont être différentes.

Il a rappelé avoir convenu avec ses homologues provinciaux de certaines lignes directrices qui devraient être suivies pour s’assurer que le tout se déroule de manière à protéger les Canadiens.

C’est des principes de base, des éléments comme : “vous devez vous assurer [d’avoir] assez de capacité de dépistage pour rouvrir l’économie” […], qu’il y a des conditions précises pour les différentes industries, les différents secteurs qui pourraient rouvrir, a-t-il détaillé.

C’est des principes à suivre, mais les provinces ont le droit et l’obligation de mettre de l’avant des éléments précis qui fonctionnent pour eux.

Le premier ministre a par ailleurs répété qu’il n’entend pas recourir à la Loi sur les mesures d’urgence pour imposer des règles pancanadiennes en vue du déconfinement qui s’amorce.

J’espère ne pas en avoir besoin, et je ne pense pas en avoir besoin, a-t-il dit.

Le premier ministre ontarien Doug Ford a aussi présenté lundi sa stratégie en vue de la levée graduelle des mesures de confinement et de distanciation sociale contre la COVID-19.

Un homme qui porte un masque traverse une rue à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Une subvention salariale attendue

M. Trudeau a par ailleurs indiqué que près de 10 000 entreprises ou organismes canadiens ont déjà présenté une demande en ligne à l’Agence du revenu du Canada pour profiter du nouveau programme de subventions salariales.

Les demandes pour ce programme peuvent être faites dès maintenant, et l’argent sera versé aux entreprises à compter du 7 mai, a-t-il précisé.

Le programme, dont le coût est estimé à 73 milliards de dollars, permet de couvrir jusqu’à 75 % du salaire d’un employé pour un maximum de 58 700 $ – ce qui équivaut à 847 $ par semaine –, pour la période allant du 15 mars au 6 juin.

Toutes les entreprises, les organisations sans but lucratif et les organismes de bienfaisance qui ont perdu 15 % de leurs revenus en mars ou 30 % de leurs revenus en avril et en mai y sont admissibles.

Le programme de subventions salariales vise à garder le lien d’emploi des travailleurs avec leur employeur, afin que le redémarrage de l’économie se déroule plus rondement.

Le premier ministre a souligné que les travailleurs qui profiteront de la subvention salariale ne pourront aussi retirer la Prestation canadienne d’urgence (PCU), l’autre pièce maîtresse du plan d’intervention fédéral.

C’est […] l’un ou l’autre, a-t-il résumé, en convenant qu’en raison de la façon dont a eu lieu la mise en oeuvre de ces programmes, certains travailleurs pourraient profiter temporairement des deux à la fois.

Mais, il faut savoir qu’il va falloir repayer, probablement la PCU, si vous recevez les deux. Alors mettez ça de côté, et on va régler ça dans les mois à venir, a-t-il prévenu.

M. Trudeau n’a cependant pas voulu s’avancer sur la possibilité que la PCU pour les étudiants annoncée la semaine dernière puisse être adoptée par le Parlement cette semaine.


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