DPJ : « Ce sera au gouvernement d’agir », conclut Régine Laurent

Écrit par sur 29 mai 2020

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse a terminé, vendredi, la cueillette d’informations qu’elle a menée à travers le Québec. Son rapport, dont le dépôt est prévu le 30 novembre, proposera des avenues pour remédier aux lacunes et aux problèmes criants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Présidée par Régine Laurent, cette commission doit indiquer au gouvernement de François Legault comment réformer la DPJ et améliorer les services qu’elle a pour mandat d’offrir. Le tout de manière à mieux soutenir les familles vulnérables du Québec et à protéger davantage les enfants à risque d’abus et de négligence.

Les audiences de la commission ont débuté le 22 octobre dernier et se sont terminées jeudi, en mode virtuel.

La commission Laurent a vu le jour après que le Québec tout entier eut été secoué par la mort tragique d’une fillette de Granby. Cette enfant avait pourtant fait l’objet de suivis de la part de la DPJ, pratiquement depuis sa naissance.

Il y aura toujours des jeunes qu’on devra prendre en charge parce qu’ils sont victimes de négligence et d’abus, a déclaré Régine Laurent lors d’une conférence de presse vendredi à Montréal. Mais il faut tout faire en amont pour prévenir la dégradation d’une situation, a-t-elle ajouté.

Au fil des 276 témoignages recueillis lors des audiences publiques, des 42 forums tenus dans diverses régions, des 225 mémoires déposés auprès de la commission et des quelque 1600 appels et messages reçus, les commissaires ont été à même de constater que la DPJ servait de porte d’entrée aux services.

Un non-sens, dit Régine Laurent pour qui la DPJ est l’équivalent des soins intensifs en milieu hospitalier. Or, c’est à la porte de la DPJ que sont forcés de frapper ceux qui réclament des services pour un enfant. Et ce, parce que les précieux services qui devraient être offerts en première ligne ne le sont pas, en raison de l’effritement du filet social, dénonce-t-elle.

Actuellement, comme l’a décrit Régine Laurent, c’est comme si des parents se présentaient aux soins intensifs avec leur enfant souffrant d’une otite et qu’on leur disait : ”non, retournez faire la file”.

Au gouvernement d’agir…

Régine Laurent se dit convaincue que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) tiendra compte des recommandations finales de la commission.

Elle se dit encouragée par le fait qu’en décembre dernier, le gouvernement a agi sur la base des recommandations préliminaires de la commission. Ce qu’on a eu comme indications, c’est que le gouvernement en tient compte, a-t-elle affirmé.

En janvier dernier, après que la Cour du Québec eut sévèrement blâmé la DPJ de l’Estrie dans le dossier du frère cadet de l’enfant morte à Granby, le premier ministre avait dit : Ce n’est pas normal qu’au Québec on ne protège pas mieux nos enfants. Ça doit et ça va changer.

Puis il y a eu la pandémie de coronavirus, les mesures de confinement, la distanciation physique, la fermeture des centres de la petite enfance et des écoles; autant de situations qui ont accru les risques pour les enfants déjà fragilisés.

Ces circonstances inquiétantes ont incité Régine Laurent à sortir de son devoir de réserve, fin mars. La crise de la COVID-19 menace la sécurité des enfants, surtout les plus vulnérables, a-t-elle alors déclaré.

Même si la catastrophe de la COVID-19 a accablé le Québec de quantité d’autres urgences, les commissaires sont déterminés à ce que leurs travaux ne demeurent pas vains. Une fois leurs recommandations faites, dans six mois, ce sera à lui [le gouvernement Legault] de faire un plan d’action clair et concret, prévient Régine Laurent.

Au Québec, le nombre d’enfants qui font l’objet de signalements et qui ont besoin de protection ne cesse d’augmenter, ce qui préoccupe la Direction de la protection de la jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La détresse des jeunes et des intervenants

Pour la présidente de la commission, ces mois occupés à recevoir une somme colossale d’information ont été particulièrement marqués par les témoignages de jeunes adultes qui ont passé l’essentiel de leur jeunesse dans le réseau de la DPJ.

Mme Laurent affirme que ce qui l’a le plus choquée et ébranlée, ce sont la détresse et la souffrance exprimées par ces jeunes.

Ces derniers lui ont parlé d’instabilité, de problèmes d’attachement, ou encore de la difficulté d’être bousculés d’une famille d’accueil à l’autre.

Nombre d’entre eux ont aussi raconté qu’ils avaient été livrés à eux-mêmes lorsqu’une fois franchi le cap de leurs 18 ans, ils ont perdu toute forme de soutien et d’encadrement.

Enfin, la majorité de ces jeunes ont raconté à quel point personne ne semblait les avoir consultés ni écoutés tout au long de leur parcours.

Et l’école?

De nombreuses voix se sont aussi élevées pour dire que les jeunes dans le giron de la DPJ accusaient de sévères retards scolaires. Pour Mme Laurent, il est très clair que les commissaires vont s’attaquer à ce problème dans leur rapport. Car cette très faible scolarisation indique qu’on les prépare mal à leur avenir.

Quant aux intervenants, ils ont exprimé le désir de bien faire leur travail, mais ont dit en être incapables, vu la cadence et le nombre de jeunes dont ils doivent s’occuper.

Durant les travaux de la Commission, une chercheuse de l’Université McGill, Delphine Collin-Vézina, a d’ailleurs rappelé au ministère de la Santé et des Services sociaux qu’il faut prendre soin des donneurs de soins.

Une loi d’exception

Il est également du mandat de la Commission spéciale de réfléchir à la loi qui encadre la DPJ et au rôle sans cesse grandissant que jouent les tribunaux dans ce gigantesque réseau.

Adoptée il y a un peu plus de 40 ans au Québec, la Loi sur la protection de la jeunesse est une loi d’exception parce qu’elle oblige toute personne à signaler le cas d’un enfant dont on croit que la sécurité et le développement sont compromis.

Les pouvoirs conférés au directeur de la protection de la jeunesse sont si larges qu’ils ont parfois préséance sur le Code civil. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’outrepasser les droits des parents pour décider des soins à prodiguer à un enfant ou pour interdire les contacts parents-enfant.


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