L’« importance critique » du Québec pour les aspirants chefs conservateurs

Écrit par sur 5 mars 2020

Dans une cabane à pêche sur la glace, près de Chicoutimi, Erin O’Toole tire de l’eau un sébaste frétillant. Le candidat conservateur est de passage au Saguenay pour mettre ses lignes à l’eau, afin de faire le plein de membres dans la course à la direction du Parti conservateur.

Parmi ses appâts, Erin O’Toole promet de ne pas toucher à la loi 21 sur la laïcité, de faire la promotion du troisième lien entre Québec et la Rive-Sud, ainsi que de mieux traiter le Québec durant la prochaine campagne électorale.

Il souhaite aussi créer un bureau permanent au Québec, avec une équipe et des employés qui relèveraient directement du lieutenant politique et qui auraient plus d’indépendance sur les enjeux qui touchent de près les Québécois.

Au Québec, on parle à une nation, un peuple, et on doit se donner les outils nécessaires, avec une équipe sur le terrain, pour parler aux Québécois directement.

La mise sur pied d’une campagne plus autonome au Québec est réclamée par de nombreux candidats conservateurs défaits lors des dernières élections. Mais pour un ancien conseiller de Stephen Harper, Yan Plante, il s’agit d’une « fausse bonne idée ».

Les campagnes électorales vont tellement vite, que le besoin d’intégration est plus approprié que cette idée de créer des bureaux séparés, estime M. Plante, directeur principal chez TACT conseil.

Le candidat Peter MacKay dit aussi qu’il veut donner une place de choix au Québec durant la prochaine campagne, mais sans créer de bureau spécial. Le député Pierre Paul-Hus, qui appuie M. MacKay, croit que l’important, c’est d’avoir une présence forte de francophones qui représentent le Québec au bureau central à Ottawa.

De son côté, le candidat Rudy Husny croit que, si on veut gagner des sièges dans la grande région de Montréal [et aussi à Toronto], cela commence par un bureau régional du parti, pour avoir une forte présence sur le terrain.

Environnement et enjeux sociaux

Bureau permanent ou pas, le prochain chef conservateur devra prendre conscience que les membres du parti au Québec, de même que les électeurs québécois, ne vibrent pas au même rythme que ceux de l’Ouest canadien, notamment sur l’enjeu de l’avortement.

Il y a plusieurs militants conservateurs qui en ont vraiment ras le bol d’expliquer à leurs amis qu’ils n’ont pas la même position que d’autres éléments du parti, confie Yan Plante.

À cet égard, Peter MacKay a une longueur d’avance sur Erin O’Toole au Québec, croit Pierre Paul-Hus.

MacKay est un pro-choix. Il est complètement contre l’idée de ramener le débat sur l’avortement. C’est ce qui a fait mal aux conservateurs en 2019, et avec Peter MacKay, on n’aura pas à revivre ce problème-là.

Le candidat MacKay est également en faveur des mariages entre conjoints de même sexe et promet de participer aux défilés de la fierté LGBTQ+ s’il est élu.

De son côté, Erin O’Toole est un catholique qui s’oppose à l’avortement, mais qui est en faveur des mariages entre conjoints de même sexe. Il est disposé à participer aux défilés de la fierté, mais pas à celui de Toronto, tant qu’il exclura la présence des policiers en uniforme.

Au sujet de la loi 21, Erin O’Toole et Peter MacKay sont d’accord : ils ne vont pas intervenir dans un champ de compétence provinciale. Quant à la déclaration de revenus unique qui serait gérée par Québec, les deux candidats semblent en faveur, mais n’en ont pas encore fait une promesse officielle de campagne.

En ce qui concerne Rudy Husny, il se dit également en faveur du troisième lien et de la déclaration de revenus unique, administrée par le gouvernement du Québec. Il souhaite aussi améliorer les mesures concernant la cybersécurité, à la suite de la fuite de données chez Desjardins.

L’une des principales distinctions entre Peter MacKay et Erin O’Toole est donc leur position sur les enjeux sociaux, ce qui pourrait changer la donne dans la course des membres au Québec. L’autre pourrait être la qualité du français des candidats, croit Yan Plante.

En l’absence de candidat originaire du Québec, l’aisance en français sera un facteur déterminant, affirme l’ex-conseiller conservateur.

Le facteur Québec

L’importance du Québec est mathématique dans la course à la direction conservatrice, étant donné le nombre de circonscriptions qu’il compte.

Chaque circonscription canadienne vaut 100 points dans la course conservatrice, peu importe le nombre de militants qui s’y trouvent. Le Québec compte 78 circonscriptions sur 338; il permet donc de cumuler 7800 points sur un total de 33 800. Le chiffre magique pour accéder à la tête du parti est 16 901, soit 50 % plus un point.

Près du quart des votes se trouvent au Québec. Les efforts pour recruter des membres dans la province peuvent donc, en proportion, être beaucoup plus payants. L’importance du Québec est critique; la répartition des votes rend la province incontournable, soutient Pierre Paul-Hus.

Jusqu’à maintenant, Erin O’Toole a visité 18 circonscriptions dans la province, contre une dizaine pour Peter MacKay.

Il faut s’attendre à ce que les chefs passent une bonne partie de cette course en territoire québécois.

Selon Yan Plante, pour le moment, Peter MacKay est fort dans les Maritimes, compétitif en Ontario, mais moins populaire dans l’Ouest; donc, il a besoin du Québec. % du chemin de fait, il n’aurait pas besoin de performer beaucoup dans le reste du Canada.”,”text”:”Ça lui donnerait environ 75% du chemin de fait, il n’aurait pas besoin de performer beaucoup dans le reste du Canada.”}}” lang=”fr”>Ça lui donnerait environ 75 % du chemin de fait, il n’aurait pas besoin de performer beaucoup dans le reste du Canada.

De son côté, Erin O’Toole passe bien dans l’Ouest, joue fort en Ontario, mais moins en Atlantique; donc, le Québec devient crucial pour lui assurer une victoire, estime le conseiller.


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